Une Gaou à Johannesburg

J’étais à Johannesburg pour participer à une conférence continentale des Mandela Washington Fellows. C’était mon premier séjour dans la nation arc-en-ciel.  Petite pause dans le programme. On appelle un über. Destination Shopping. Dans la voiture, une Ivoirienne, un Libérien, un Nigérian et une Botswanaise.

Avant de sortir j’ai demandé :« je prends ou je laisse mon passeport ? J’hésite. »

En fait un ivoirien m’a expliqué qu’en transit à Addis Abeba, un monsieur a égaré son passeport. On lui a interdit de voyager. Il était dans l’aéroport. Désemparé. Les habitués de Johannesburg me rassurent.

« Ici on ne contrôle pas l’identité des gens comme ça. Laisse ton passeport à l’hôtel, c’est plus safe ».

Mode Safe activé. On est donc 4 sans passeports dans la ville. Un parmi nous, admire les infrastructures du pays à voix haute.

« Ce n’est pas dans mon pays qu’on voit des routes aussi larges et bien entretenues. »

« Je vais peut-être vous choquer mais les blancs n’ont pas fait que du mal à l’Afrique. Regarde comment ce pays est développé et continue de l’être parce que les blancs y sont restés. Nos pays souffrent parce que nos propres frères noirs n’ont pas réussi à entretenir ce que les blancs ont laissé et rêver plus grand ».

La discussion s’anime. Il y a les pour. Il y a les contre. On parle de routes, de corruptions. Corruption des politiques, de la population, de la police.

« Regarde la route, zéro barrage de police. Chez nous, tu vas voir que la douane a son barrage, plus loin la gendarmerie, après la police, puis les eaux et forêts. Et il faut laisser quelque chose à chacun. »

« Chez nous si tu ne mets pas ta ceinture, on peut te racketter. Même si tu es assis à l’arrière. »

« Chez nous, si tu veux tu peux conduire avec tes deux pieds dehors, personne ne peut t’arrêter. On fait ce qu’on veut. Tu n’es même pas obligé de stationner quand un policier siffle. »

On rigole.

« Chauffeur comment ça se passe chez vous ? ».

On n’a pas fini de poser la question qu’une voiture de police juste derrière nous nous fait signe de nous arrêter. Le chauffeur stationne étonné. Un camion avant nous gare également. On ne sait pas trop qui est la cible. Les policiers descendent et font signe au camion de partir. C’est à nous qu’ils ont affaire.

« Descendez tous ! Contrôle d’identité ! »

Ô désespoir !

Nous sommes tous surpris, le chauffeur inclus. Nos passeports sont restés à l’hôtel. On tente d’expliquer que c’est par mesure de sécurité.

« Qui vous a dit qu’il y a de l’insécurité ici ? »
« Et si quelque chose vous arrive comment on vous identifie ? ». Là, il n’a pas tort. Mais on a quand même nos bagdes avec nos noms et notre pays d’origine.

Pendant 15mn on est là, dehors, dans le froid (on était autour de 8 degrés) à essayer de s’expliquer. La discussion ne décolle pas. Les policiers n’ont pas l’air de vouloir nous laisser partir. Exaspéré quelqu’un lance :
« Monsieur, nous devons rentrer à l’hôtel pour assister aux prochaines sessions de la conférence. Vous êtes entrain d’épuiser notre temps de pause qui n’est déjà pas bien long. On va au Mall pour injecter de l’argent dans l’économie Sud africaine ! S’il vous plait, laissez-nous partir ! »
Et un des policiers de répondre:
« Injecter l’argent dans quelle économie ? Si vous avez de l’argent, injectez-le chez moi. Donnez-moi ça en même temps. »
On se regarde, à deux doigts d’éclater de rire.

Ils nous laisseront finalement partir sans rien prendre et en me laissant une anecdote à raconter.

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