Emplois sacrifiés sur l’autel de l’évolution : que deviendra Wesley ?

Hier on m’a dit que Wesley est passé à la maison chercher son argent.Wesley est le jeune homme qui collecte les ordures dans mon quartier. Il a sonné à notre porte quelques jours après notre aménagement pour offrir ses services. Il nous a demandé de nous abonner, non sans préciser que pour montrer sa bonne foi il avait déjà ramassé les ordures devant chez nous gratuitement à plusieurs reprises.

J’ai aimé la démarche et souscrit sans trop rechigner à son offre. Au début Wesley et son équipe passaient régulièrement. Et puis il a commencé à être ponctuel uniquement pour le paiement du mois. Chaque fois de nouveaux prétextes. Maladies, véhicule en panne, pluies diluviennes. Je me plaignais mais je payais. Voilà que depuis quelques semaines, l’Etat de Côte d’Ivoire dans un souci de moderniser la gestion des ordures a octroyé les contrats de ramassage des ordures à des sociétés. Ecoti SA, qui couvre ma zone, le fait avec régularité. Je suis plus que satisfaite de ne plus subir d’odeurs nauséabondes parce que les poubelles n’ont pas été vidées, ou que des animaux ont éventré les sacs.

Voilà donc que Wesley, qui n’a pas vidé mes ordures depuis belle lurette, vient réclamer son argent. Bien que fâchée de voir qu’il venait se faire payer pour un service qu’il ne rendait plus, sa situation m’a quand même interpellée. Voici quelqu’un qui a décidé de se lancer dans l’entrepreneuriat présenté comme la panacée par plusieurs. Il collecte les ordures ménagères pour subvenir à ses besoins et contribue également à nourrir plusieurs personnes. C’est vrai qu’il a des défaillances, comme bon nombre d’entrepreneurs d’ailleurs, mais que deviendra-t-il maintenant qu’une société plus formelle, plus structurée, plus puissante, a obtenu le marché ? Son marché ?Que deviendront tous les Wesley de nos quartiers ?

J’ai pensé à toutes ces personnes qui perdent leur emploi ou finiront par le perdre au nom de l’évolution, de la modernité, de l’émergence. Que feront ces ouvriers qui défrichent les champs et aident aux récoltes quand notre agriculture sera automatisée ? Que deviendront ces dames qui balaient dans les rues quand on trouvera des mécanismes pour se passer d’elles ? Que deviendront tous ces petits métiers ? Tous ces gens quand on aura évolué et qu’ils ne pourront pas suivre à cause d’insuffisances en formations, en compétences, en moyens financiers ?

A qui la faute ? A eux qui n’auront pas su s’intégrer dans le système, s’adapter aux mutations, se reconvertir professionnellement alors qu’ils ont déjà eu bien du mal à « se convertir »? Aux gouvernements qui auront visé haut sans penser à ceux qui ne pourront jamais s’offrir le luxe de l’ascension ?Doivent-ils, ces gouvernements, obliger les entreprises à embaucher ces personnes? Comment sachant qu’elles oeuvrent dans l’informel et ne sont pas forcément assez structurées pour déterminer qui fait quoi? Comment puisque de toutes les façons, les entreprises formelles ont aussi leurs défis. Pour réduire les dépenses de nombreuses tâches sont externalisées, informatisés et des postes supprimés. On n’y peut rien.

Que deviendront tous ces gens laissés sur le quai pendant que le train du développement entame sa croisière de vitesse ? Vont-ils accepter les bras croisés d’être mis sur le banc de touche ?

Vos avis sur le sujet m’intéressent.

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