J’ai lu : sœurs de sang de Régina Yaou

Chaque fois que je participe à une édition du Salon International du Livre d’Abidjan, je reviens avec cette frénésie littéraire, une véritable boulimie. Pour que vous compreniez mieux, j’ai lu 4 livres en une semaine et j’ai entamé mon 5e. Parmi ces livres « sœurs de sang » de Régina Yaou. J’ai acheté le tome 1 et le tome 2 quelques mois avant son décès. Ils font partie des derniers ouvrages qu’elle m’a dédicacés avant son départ. Je me rappelle comment elle me taquinait à ce SILA sur le fait que j’avais gardé mon embonpoint depuis mon dernier bébé et qu’elle me soupçonnait d’être encore enceinte. Nous avons ri. Elle a griffonné quelques mots. On a pris des photos. Son franc-parler et sa bonne humeur me manquent beaucoup. Lire enfin ces œuvres avait un sens particulier pour moi. Une occasion de me rappeler de beaux souvenirs indélébiles.

Alors de quoi parle  « Sœurs de sang » ?

Dans la clinique où Mina Attame vient de donner la vie à sa fille Shana, Eunice Assépouey arrive mal en point. Elle a accouché il y a quelques heures et perd beaucoup de sang. Son groupe sanguin est assez rare. Heureusement, Mina est compatible et se porte tout de suite volontaire pour la transfusion sanguine. Loin de s’arrêter là, elle donne le sein à Mikénian, la fille d’Eunice alors que cette dernière est encore sous anesthésie. Elle ne sait pas que ces gestes apparemment anodins vont bouleverser la vie des deux familles pour toujours. En effet, Mikénian refusera plus tard de téter sa propre mère et de vivre avec elle. Les deux familles aménageront donc côte à côte, les uns hébergeant les enfants des autres. Tout va presque bien dans le meilleur des mondes. Il faut dire que les Attamé et les Assépouey mènent une vie opulente. Mais les choses se compliquent quand Shana trouve l’âme sœur et que Mikénian habituée à ce qu’on lui passe tous ses caprices décide de lui arracher cet amour. Elle fera tout pour séduire Hector Milandy au détriment de sa sœur et perdra la vie quelques jours avant leur mariage. C’est d’ailleurs par son enterrement que débute le livre.

Un pari risqué pour le tome 1

A mon sens, l’auteur a pris un risque en écrivant le tome 1 de ce livre. Dès les premières pages on sait que Mikénian est morte dans un accident et qu’elle a volé le chéri de sa « sœur de sang ». Pour moi cela enlève une bonne partie du suspense. Toutefois, avec la dextérité de sa plume, Régina Yaou réussit quand même à tenir son lecteur en haleine. Il a envie de savoir exactement les circonstances qui ont abouti à sa mort.

La thématique du sang

Le sang est très présent dans le livre. Après la transfusion sanguine de Mina et Eunice, c’est Shana qui donnera de son sang à Mikénian pendant un camp de vacances. On entendra souvent la jeune fille « geindre » (j’utilise le mot à dessein parce que c’était franchement énervant) que Mikénian est sa sœur de sang, que son sang coule dans ses veines, malgré les nombreuses méchancetés de la jeune fille.

« Je ne te permets pas, Joëlle ! s’offusqua Shana. Je te ne permets pas de parler ainsi de ma sœur adorée, ma jumelle ! Mon sang coule dans ses veines ! Nous sommes une ! » page 50

Et deux pages à peine plus loin.

« Je sais, mais ce n’est pas pareil ! s’entendit protester Shana. Mon sang coulait dans ses veines, c’est comme si nous ne faisions qu’une ! » Page 52

Lorsqu’on apprend au fil des pages que certains personnages ont le VIH, c’est encore de sang qu’il s’agit ici et cette trame accompagnera le tome 1 et le tome 2 du roman.

Si une simple transfusion de sang suffit à créer autant de liens, que feront ceux à qui on transplante les organes d’autrui ? J’ai trouvé que les personnages en faisaient un peu trop sur ce fameux sang partagé.

 J’ai aussi été très choquée qu’un hôpital, qui me semble être d’un certain standing au vu des capacités financières des Attame et des Assépouey, puisse autoriser qu’une patiente, une étrangère, donne le sein à un enfant qui n’est pas le sien. Cette partie m’a vraiment troublée et choquée. Je me suis demandé si c’était une pure invention de l’auteure ou si c’était un fait réel qu’elle avait prêté à la fiction.

Je me rappelle que pour mon deuxième fils, une de mes sœurs m’a proposé de l’allaiter vu que je devais partir en voyage et que j’hésitais à le sevrer à quatre mois. J’ai apprécié l’attention, mais j’ai refusé. J’avais beaucoup de mal à concevoir ça. Pour moi allaiter ce n’est pas juste nourrir l’enfant. C’est unique, c’est fusionnel, c’est spirituel même. Bref. Il est vrai que certaines mères sont dans l’incapacité de le faire et ont recours à des nourrices au lieu du lait artificiel, c’est leur choix. Mais moi j’ai eu du mal.

« Sœurs de sang » est un bon moment de lecture. Je pense cependant que l’on aurait très bien pu en faire un seul tome.

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